Le blog de Soluto présente un chemin fait de dessins, de barbouilles, de peintures, de croquis sur le vif ou automatiques... Ces travaux complètent, commentent, ou modèrent ceux que l'on peut voir sur son site...
En ce temps là, ma mère était la plus belle parmi les plus belles. Aucune femme au monde n’aurait pu la surclasser. J’ai des souvenirs d’elle très précis. Je la revois m’emmenant à l’école ; je suis dans l’auto gigantesque ficelé sur mon rehausseur, je n’en peux plus d’admirer son incroyable profil. Mon amour est total. Je pense très fort que rien, jamais, ne pourra nous séparer. Je la sais par cœur et mieux que personne. Je suis le mieux placé pour épouser sa vie. A nous deux, si elle consent à me céder exclusivement cette première place, nous allons vaincre toutes les adversités et tous les malheurs du monde.
Je multipliais les efforts pour lui plaire. J’étais un garçon dégourdi, un élève appliqué et rieur. J’étais tout entier dans les plus beaux sourires que je fabriquais exprès pour elle. J’étais sans cesse inventif pour la captiver. Certains jours, à bout d’arguments, il m’arrivait d’être pénible et capricieux, mais c’était encore une façon de supplier son amour. Tous les moyens étaient bons pour qu’elle ne voie que moi. La plupart du temps, ça marchait. Elle était mon meilleur public et je connaissais un tas de trucs pour la faire rigoler. C’était l’osmose, la fusion, le tout en un ! Certains jours on ne se quittait même pas des yeux.