Nul ne sait où il a levé cette péronnelle. On le disait inconsolable après la mort de maman. Tiens, tu parles… Six mois plus tard il cavalait les thés dansants de tous les casinos de la Côte. Non mais quelle honte ! Il fallait le voir avec ses cheveux saturés de teinture noire, son tout nouveau dentier, son haleine mentholée et son cabriolet japonais. Ma femme l’appelait le veuf joyeux ! Ah, elle s’y entend sa pimbêche pour écosser son pognon ; restaurants gastronomiques, voyages aux Baléares, thalassothérapie… Toujours le pied levé…Et les toilettes ! Que du coûteux bien trop luxueux pour les mains calleuses de mon pauvre père. Tu vas filer mes collants dit-elle quand il lui caresse le genou avec un sourire niais…A son age… Ah là là…Lui qui s’est dévoué une vie entière à sa petite entreprise de plomberie, le voir croquer tout ce capital patiemment acquis avec maman à la caisse, ça nous fait mal. Il faut maintenant qu’on lui pose un pacemaker. « Pour tenir les cadences » dit-il en riant. C’est dégoûtant toute cette libido ranimée qui lui frise l’œil. Ma femme ne supporte plus tout ça. Elle est en rogne après moi comme si j’y pouvais quelque chose. Elle doit me couver une dépression nerveuse. Pff, il ne manquerait plus que ça…