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Le Havre - Normandie - France

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Le Dilettante

 

 

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 11:59

 

 

 

 

 
















 


 

Dès que vous l’avez aperçu vous m'avez dit vouloir plonger vos deux mains dans le pelage du grand tigre blanc de Cerza. Vous étiez excitée comme une puce. Je ne vous tenais plus… Vous vantiez l'éclat de sa robe,  vous ne tarissiez plus d'éloges sur sa puissance et sa souplesse. Sur ses griffes rétractiles et assassines vous teniez des propos à double sens dont l’innocence était douteuse.

 

Ah ! Si l’on vous promène, vous, mieux vaut ne pas être jaloux !

 

Et quand il vous a fixée, qu’il a penché sa tête d’un air matois, hum, j'ai bien  vu qu'il salivait pour votre rousseur, qui lui fait tant défaut, et pour votre fragilité qui vous a instantanément transformée en demoiselle de garenne. Ce grand félin, filou, derrière son air con, vous imaginait en plat du jour, ou en amuse-gueule, bien craquante sous le croc...

Et vous, Bécassine, vous minaudiez, prête à fondre… Vous lui serviez, quelle indécence, du « minou, minou… » en frétillant tellement dans votre robe légère, si joliment miroitante dans le soleil, que j’en étais gêné…

 

Vous aviez du mal à vous quitter, tous les deux! Bonjour l’hypnose !

 

On n’allait pas non plus y passer le réveillon ! Pour tenter de vous rapprocher de moi je vous ai dit toutes ces choses drôles qui vous ravissaient la veille, j’ai remis en place une mèche de vos cheveux, et j'ai voulu vous entraîner plus loin. « Restons encore un peu… » m’avez-vous dit, distraite.

Chipie…

 

Bon ! Je peux bien vous le dire maintenant que ma colère est retombée, je n'ai pas aimé que vous me disiez d'un ton sec et agacé, tout en vous délivrant vivement de mon bras, que vous n'aimiez pas les potamochères !

 

Je ne sais toujours pas comment je dois le prendre…

 

Du coup, je me demande encore si je vais vous emmener caresser la raie à Nausicaà, comme promis, dimanche prochain…

 

 


 

 



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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 09:04

 

 













 






 

« Oh, ben maintenant, qu'il me dit comme ça en me tournant le dos, y a plus qu'à attendre... Et reste pas là dans mes pattes avec ton carnet, ta gomme et tes crayons! Tu mets du désordre dans les secondes qui passent... Nan, même là c'est encore trop près... Recule et prend des leçons…

Moi, mon petit savoir-faire, il n'est pas de capturer des bonhommes sur des morceaux de papier! Il est dans l'art d'être au monde en en faisant le moins possible...

Recule que je te dis!  Tu empêches l'air de circuler dans les feuilles. Avec ton blabla incessant tu fais des rides sur l'eau du bassin. Même le bruit du pas des femmes sur le gravier crissant tu trouves le moyen de le corrompre!... Respire moins fort ! Arrête de mettre ton carnet de croquis entre toi et le monde… Il t’a reconnu, le monde ! En tout cas, il t’a fait une place.  C’est déjà beaucoup… Il se fiche bien de toi…»

Faire trois cents bornes pour entendre des bêtises comme ça ! Brûler du gas-oil et payer des parkings en plein Paris pour que monsieur me la joue grand sage ! Merci bien ! Je le lui ai dit ! Je le lui ai même chanté ! « Ton panthéisme est décousu ! Si ça continue on verra le trou de ton… Panthéisme est décousu ! »

Il m’a regardé drôlement. Il avait l’air consterné.

J’étais bien vengé !


 








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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 11:55

 

 

 

 

Suspension (provisoire?) de ce blog...

 


 

FranceTélécom, parce que j'ai voulu résilier mon abonnement, m'a décablé...

 

Free ne se montre ni pressé, ni même disposé, à me remettre ma ligne...

 

Mes multiples appels, à l'un et à l'autre, ne peuvent rien y changer...

 

Mon fournisseur d'accès empoche mensuellement la monnaie...

 

Bref, je suis dans les mains de la fortune...

 

(mais je reste preneur de toute info qui permettrait de corriger ma situation...)

 

C'est la panade...

 

 

 

Ps Je vous écris d'un ordinateur qui ne m'appartient pas. Je suis sans FTP, et dans l'impossibilité de mettre des images sur ces pages...  Bien évidemment je ne suis plus en mesure de lire mes mails mais je sais que certains m'ont écrit. Qu'ils n'interprètent pas de travers mon silence... Je rattraperai tout ce retard dès que possible... Je vous embrasse... A tout bientôt...

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 00:26

 





















 



















































Elle veut qu’on l’appelle Gaby. Et pour briser la glace, avec les inconnus, elle dit qu’elle est bien plus belle que Mauricette. Cette plaisanterie, qui me fait hurler de rire depuis que je la connais, fait toujours craindre un début d’Alzheimer aux imbéciles qui la voudrait déjà blette. Je la soupçonne, cette joueuse, de savourer le début d’inquiétude qu’elle installe…

Elle est née au milieu de la première moitié de l’autre siècle. Quand l’été revient elle met son bob, ses robes à fleurs et ses espadrilles. Elle parchemine au soleil sur la méridienne en fer dix fois repeinte de son jardin fleuri. Elle n’y voit plus très clair et elle ne peut plus lire, sauf les bouquins en gros caractères que je lui ramène quand j’y pense. Elle écoute la radio à longueur de journée, toujours les ondes courtes, et elle en sait plus long que toi sur les conflits africains. Gaby n’est jamais triste et fredonne des chansons. Celles d’avant bien sûr, mais aussi des couplets de Maurane, de Camille ou de Fersen (Fersen, c’est moi qui le lui ai amené !)

Il n’y a pas si longtemps elle faisait encore sonner le trois-quarts queue du salon.

Elle n’a acquis ni la sagesse, ni la résignation. Qu’est-ce que ça l’emmerde de vieillir ! Elle le dit à tout bout de champ… Ce qui lui manque, ce n’est pas la vie d’hier, qu’elle a pourtant su se faire bien douce… Non… C’est plutôt de ne pas pouvoir mener tambour battant celle de maintenant. Sa Dauphine bleue rouille dans le garage.

Elle a été mariée. Ça n’a pas l’air d’avoir laissé des souvenirs impérissables. Elle précise cependant qu’elle a beaucoup aimé les hommes, et qu’il ne fallait pas lui en promettre ! Dans de vieux albums photos en maroquin, qu’elle ne montre pas à tout le monde, on la voit en maillot dans des concours de beauté et d’élégance à Deauville. Sur d’autres elle est avec Pierre Fresnay ou Tino Rossi du côté de Cabourg. Ah, les bonhommes, elle en avait compris le mode d’emploi (pas très compliqué) et, selon sa triviale expression, « s’il y avait eu les moyens de maintenant elle n’aurait pas eu souvent le temps de refroidir »… Elle dit ça d’un trait, les oreilles dressées. La taquine guette ma réaction les lèvres entrouvertes, son petit bout de langue rose et desséché pointé en avant comme une tête de tortue timide qui sort de sa carapace… Elle se gondole en silence… Elle sait me faire son coup de charme. « Moi, dit-elle, je suis comme Victor Hugo, ces affaires-là me tiendront jusqu’au bout ! » Et hop ! Clin d’œil appuyé…

 

Un jour qu’on était assis côte à côte et qu’on goûtait le silence dans la verdure, elle est allée chercher lentement ma main. Elle l’a portée à sa bouche, l’a embrassée puis la mise sur son ventre. On est resté comme ça, joyeux, dans le temps ralenti. C’était très doux. Mais ensuite ça s’est corsé. Elle a guidé mes doigts jusqu’à son sein droit (le gauche est parti depuis longtemps avec un mauvais cancer de passage) et elle a tourné vers moi ses yeux blancs. Je n’ai pas su quoi dire, ni que faire. Les mots m’ont manqué. Je me suis dégagé maladroitement…

Pourtant bon sang, l’occasion était belle. J’aurais dû lui dire qu’elle était belle, puisque c’était vrai, et j’aurais dû aussi lui faire un long baiser mouillé derrière l’oreille, dans ses cheveux blancs et fins, en lui grattant le genou comme on fait aux jeunes filles quand on a quatorze ans. Ça ne m’aurait pas dégoûté. Ça m’aurait plu. Hélas je manque d’à propos. Et non seulement je ne suis pas sur le chemin de la sagesse, dont je veux bien faire le deuil, mais je crains de n’être pas non plus sur celui de la déraison, malgré son bon exemple.

Ça, quand j’y pense trop fort, ça me donne envie de pleurer…

 

 

 

 

 

 

 


 

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 11:15
















 

 

La mer longée jusqu’à-Sainte A, la grille, la cloche et les trois marches du perron. La porte gris perle, la salle d’attente comme un refuge. Treize années de rendez-vous. Toujours le jeudi, toujours à dix-sept heures et vingt-cinq minutes, exceptés six semaines dans l’année, deux l’hiver, quatre l’été. Mes rendez-vous manquants calés sur ses congés. Le distributeur de la Société Générale de la place des Halles, les billets retirés, pliés, glissés dans la poche arrière droite de mon jean, bientôt dans sa paume. Colère, reconnaissance, c’était selon. Ses ongles vernis repliés sur mes heures de travail devenues abstraites.

Salle d’attente donc. Papier peint bleu pastel, fauteuil unique, en rotin, défraichi. Au mur, à gauche, un poster alignait des dessins de nœuds marins, à droite une petite vitrine présentait, épinglés, ces mêmes nœuds fabriqués en cordelette. Chacun d’entre eux était souligné d’une étiquette avec un nom (nœud de vache, nœud de galère, nœud de Carrick, nœud de cul-de-porc, nœud de tête-de-Maure… Je me souviens de presque tous…). Par terre traînaient des livres pour enfants.

Elle venait me chercher, un élastique ou un bout de ficelle en main. Avec à chaque fois le même sourire, la même sollicitude et une même distance. Je m’allongeais sur le divan damassé, rouge et or, après avoir retiré mes chaussures et mes chaussettes car j’ai toujours aimé avoir les pieds nus.










 

 















Parler. Etre dans sa parole. L’habiter enfin.

 

Des mots, des mots perdus, éperdus, insensés. Des phrases mortes, dites par d’autres, déposées dans ma bouche. Des étrangetés moisies qui ne me ressemblent pas. Le vertige des failles entrevues. Des rêves dévidés. Des bribes mal couturées. Ses interventions, toutes vécues sur le mode de la violence et du doute. Que sait-elle que je ne sache ? Que tais-je qu’elle contienne encore mieux que moi ? Mais aussi ses gros sabots, toute sa morgue, ses poses (le feulement de ses collants quand elle croisait ou décroisait les jambes derrière moi) et sa suffisance. Sa traque. Ses tentatives de levée de pensées prétendument incestueuses, mes hypothétiques pulsions meurtrières. Mes ricanements.

 

Flash. Un jour je me redresse sur le divan, me retourne vers elle, mets mes mains grandes ouvertes en renfort de mes oreilles et, saisi d’une inspiration, lui fais le lapin de Chantal Goya en la regardant droit dans les yeux. Pour voir, donc. « Vous ne pouviez pas ne pas le faire. » Sans doute.

 

Assez joué. Raccourcissement du temps des séances  et augmentation de leur coût. Pour que « je me mette au travail »… J’aurais dû rire. Mais mon assujettissement, mes allégeances… Mon investissement et mon énergie me privaient de tout esprit critique. Les séminaires, les lectures impossibles, la théologie lacanienne et l’angoisse, obstinément là… Mon addiction aux séances, ma soumission, la montée en puissance du dégoût. La souffrance de l’emprise.

Me reviennent deux anecdotes qui se répondent. La première en début de cure. Je lui offre le journal de Michel Leiris. « Ici on ne s’attire pas de bonnes grâces par des offrandes » me dit-elle. Elle refuse même de toucher le paquet cadeau que j’avais fait faire à la Galerne et ne saura jamais ce que je lui destinais. C’était bien répondu. Douze ans plus tard je me trompe dans le paiement d’une séance. Un billet de cinquante euros s’est glissé dans les billets de vingt. « Vous vous trompez  d’endroit! Ici le « petit cadeau » n’est pas de mise » Elle est risible. Enfin risible! Je veux finir la cure. « C’est dommage, ça commençait à bouger… » me dira-t-elle.

 

Dernière séance. Je me fais plaisir. Je m’approche d’elle et je l’embrasse. « Oh ! s’écrie-t-elle, un réel » Elle ne recule pas.

 

 

C’était il y a longtemps. Tout ça me parait bien loin, confus comme un songe. Je ne comprends plus rien à mes peurs passées, à toute cette servitude volontaire. Aperçu récemment sur la promenade de la plage je suis allé au devant d’elle en souriant. C’était la première fois que je la revoyais. Elle, qui me semblait naguère hors du temps, m’a paru vieille et définitivement sortie du champ du désir. Nous avons parlé un peu. J’ai voulu savoir si je pouvais dessiner et écrire sur la cure. Elle m’a répondu avec indifférence que je l’avais payée et qu’elle m’appartenait.  Son désengagement m’a contrarié. Par une curieuse association je me suis alors demandé si elle avait gardé sa passion pour les nœuds. En tout cas, elle en avait toujours la tête... Enfin, ce n’est pas ce que je voulais dire…

 

Si elle avait pu entendre mes pensées, comme je l’ai cru parfois, elle n’aurait pas manqué de me reprendre :« c’est pourtant bien  ce que vous vous êtes dit… n’est-ce-pas ?...»


 

 








 

 






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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 00:21

 



















 

Ça n’enchantait plus personne de faire un détour pour aller les chercher, les trois frangines. Tout le monde ne court pas après ce genre de courses. J’ai des collègues qui répugnent à faire dans le moyen trajet, surtout maintenant qu’on peut plus bricoler les compteurs. Moi, j’ai pas les moyens de chipoter sur le boulot, j’ai encore des kilomètres à faire pour amortir la licence. On m’avait prévenu au central qu’elles n’étaient pas commodes mais, bonne pomme, je m’y étais collé, sans doute un peu naïvement. Seulement voilà, dans cette campagne cauchoise où tous les chemins se ressemblent par pluie battante je m’étais perdu en route. Pas beaucoup, remarquez ! Mais bon, j’avais, j’avoue, ma petite demi-heure de retard…

Quand je me suis garé le long de leur foutue longère, les trois grâces, qu’on aurait dit plantée là depuis des lustres, m’ont jeté un œil noir ! Si noir que ça m’a foutu les foies ! Et j’ai bien cru qu’elles allaient me buter quand elles se sont approchées du bahut… Pendant tout le trajet qui nous emmenait à Bonne-Nouvelle, où le fils d’une des teigneuses était incarcéré, elles m’ont pas dégoisé un mot… Toutes les trois à l’arrière, le sac sur les genoux, en regardant droit devant elles, elles chuchotaient. On aurait dit qu’elles préparaient un casse de PMU dans une rue passante. Quand je  croisais leur regard dans le rétro je me sentais en faute. J’avais même la trouille d’être mouillé malgré moi dans leurs drôles de combines. Pour me distraire j’ai voulu mettre des chansons nostalgiques à la radio mais la plus vioque  a dit « ferme ton zinzin et regarde la route… » J’ai plus moufté.

A Rouen je les ai déposées devant la grande lourde noire de la Maison d’Arrêt. Celle qui n’aimait pas la musique a dit « Tu reviens nous chercher dans une plombe. Précise. Tu ne recommences pas tes fantaisies ! » Je les ai laissées sur le trottoir à côté de femmes plus jeunes qui leur adressèrent aussitôt la parole. Elles attendaient toutes leur temps de parloir…

J’ai même pas osé m’éloigner du quartier (une heure ça passe vite) de peur qu’elles me foutent un contrat sur la tronche, ou qu’elles bavent à leur progéniture à propos de mes manquements horaires. Alors je suis allé siffler une paire de mousses dans un bar voisin appelé ironiquement Le Violon. J’ai aussi fait cinq morpions et deux Vegas. J’ai paumé. C’était décidément pas mon jour…

Alors que j’arrivais à l’heure dite, elles jaillissaient sur le trottoir de la prison et fonçaient  déjà sur le bahut. « On a failli attendre !» a dit l’une, « En voiture Simone… » a fait l’autre, « Il tiendra ! » a lâché la troisième. Elles étaient ragaillardies mes trois vieilles. Elles lui avaient trouvé bonne mine et de l’éclat dans l’œil! Il était aussi question de « redresser sa bonne femme, une donneuse, une morue, qui faisait un peu trop sa suceuse avec les Schmidt!… » J’ai cru comprendre que la môme avait suspendu sans prévenir ses visites, mais, bien sûr, je n’ai pas demandé de précisions… Je me suis contenté d’avoir l’oreille flottante…

 

Puis, sans crier gare, il a été question des Chiffres et des Lettres. J’ai saisi l’allusion et j’ai écrasé le champignon au mépris des limitations de vitesse. Comme quoi on devient vite hors-la-loi… Mais je crois en effet qu’elles n’auraient pas toléré de rater le début de leur émission favorite…  








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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 10:05

 















Et nous nous rangions gentiment, deux par deux, sous le préau ... J'ai longtemps pensé que c'était la plus belle femme du monde . Je la mangeais des yeux et mes désirs n'étaient pas chastes. Souvent, pendant la récré, je m'adossais contre un platane, les mains dans mes poches comme un homme. Je l'observais. Elle plaisantait avec ses collègues institutrices et j'apprenais que la jalousie est une souffrance. Un jour elles ont parlé de moi en souriant. D'un doigt pointu ma maîtresse m'a fait signe de les rejoindre. Elle m'a dit: "Si un jour ta maman t'abandonne je te prendrais avec moi, mais en attendant tu peux aller jouer avec les copains...Va! Dépense toi! Oublie moi un peu..."

Le soir même je priais Dieu de toutes mes forces pour qu'il me fasse orphelin... 

 


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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 11:03

 













Pardonnons-leur… Quand ses vieux l’ont baptisé Fernande, en souvenir de la veuve d’un poilu de la famille qui n’avait rien demandé, ils ne pouvaient pas savoir qu’un sétois de renom, treize ans après, dans les sillons de son dernier trente-trois tours, entonnerait une rengaine entêtante qui associerait ce blaze à sa propre fonction érectile.

La gaudriole, balancée avec l’air de ne pas y toucher, redonna du lustre à la chanson de corps de garde et fut un des derniers succès du goguenard à moustache. Tout le monde connaissait le refrain du fumeur de pipes. Chaque fois qu’une Fernande croisait un mélomane elle y avait droit ! La plupart des susnommées, complaisantes, emboitait le pas à la grivoiserie, l’accompagnait même, et j’en ai connu certaines, désenchantée la veille, que la chanson finaude remit dans les rangs de la jambe en l’air.

Le problème de la nôtre, c’est qu’elle n’avait que treize piges à la sortie du gros tube, qu’on lui en donnait seize, qu’il manquait quelques pièces à son puzzle et qu’elle n’avait qu’une représentation nébuleuse de ce qui pouvait se jouer dans le pantalon des graveleux qui, par un réflexe pavlovien, attaquaient le refrain à l’évocation de son prénom… Pour cacher son malaise et sa niaiserie cette nigaude riait en découvrant ses dents. Quelques mal dégrossis y virent une invite et des pervers une aubaine pour exhiber leurs raideurs. Elle fut vite dessalée. Quelques confrontations brutales et impromptues avec des manches qui n’étaient pas de guitare l’incitèrent à la plus extrême prudence. Sa vie prit brutalement l’allure d’une course d’évitement dans une forêt de phallus. Elle s’employa à faire taire les désirs qu’elle pouvait susciter, se laissa prendre par la laideur et figea ses pensées qui toutes la faisait souffrir. Le médecin de famille, embarrassé par ce repli soudain, ses dix kilos perdus et une inexplicable aménorrhée avait dit que ça passerait avec l’âge. Il prescrivit des vitamines. Ça n’a pas passé…

 

Quatre décennies après Fernande est enfin orpheline. Elle n’a jamais pu quitter ses vieux parents qu’elle a soignés jusqu’au bout. Son père, diabétique, est parti par petits bouts et sa mère, à la fin, avalée par la démence, ne la reconnaissait plus que par éclipses. Dans ses rares moments de lucidité l’ancêtre distillait ses douceurs. « Mais tue moi donc, salope ! » disait-elle en essayant de la pincer.

De temps en temps son unique frangin, qui vit en famille à Marseille, lui envoie un peu de fraîche pour arrondir son « revenu de solidarité active ». D’ailleurs la dernière fois ça a chauffé!  Il n’était pas content d’apprendre qu’elle était allée se faire tatouer des motifs maoris sur le bras gauche avec son mandat. Déjà qu’il la tient pour une ingrate (elle ne sait pas dire merci aux bienfaisances fraternelles…) et  pour une frapadingue…  S’il savait qu’en plus elle s’est payée au prix fort les deux derniers concerts de Mylène Farmer au stade de France et qu’elle lui a fait envoyer une brassée de roses dans sa loge, lui qui renâcle à changer la tondeuse, il serait furieux !

 

D’ailleurs, si elle veut éviter les histoires quand il remontera cet été pour aller sur la tombe des vieux, il faut qu’elle pense à planquer le cadre posé sur la télé, avec la photo dédicacée que Mylène lui a envoyée, et qu’elle remette la photo des parents aux noces d’or.

 

Parce que maline comme elle est, s’il l’asticote, elle sera bien fichue de manger le morceau…

 

 

 

 

 




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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 09:58

 
















Peu de gens savent que le vieux Ray est venu s'installer au Tréport. On peut le voir certains soirs au Régal du Quai devant un plateau de fruits de mer et une bouteille de Cheverny. Mieux vaut ne pas le déranger quand il décortique son tourteau en relisant Marguerite Duras (son péché mignon). On peut pourtant l'accoster facilement quand il sort dans l'arrière cour du Beejoo Dancing, vers trois heures, pour griller une Craven A avec les hôtesses. Enfin... Facilement... Il vous faudra allonger quand même un bifton de cinquante au patron et payer une coupe aux filles. C'est le tarif pour approcher la légende. Mais moi je dis que c'est pas cher pour l'entendre raconter, d'une voix où roulent encore les salsoas, ses soirées caniveaux avec Chet Baker ou Lana Bombeeck...





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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 00:45



















Lui c’est Alex. C’est un teigneux qui s’y croit parce qu’à l’issue d’un casting on l’a embauché sous le titre de « première doublure ». Pour sûr, ça l’a grandi d’un coup ! Mais il est devenu tyrannique. Même à dessiner il fait des histoires, c’est dire… Il n’est pas de ceux qu’on redresse d’un coup de gomme !

Monsieur fait sa star. Pas question qu’il passe lui-même son casque au Miror ! Par contre il ne se fait pas prier pour aller remplir sa gourde de potion magique. On ne sait ce que c’est, son furieux rince-cochon. La formule, comme il se doit, est restée secrète, mais ça lui fout les bulots en mydriase dès la deuxième gorgée… L’embêtant quand il a bu, surtout l’été quand il fait chaud, c’est qu’il fait un peu n’importe quoi. Il est vite pénible avec les petites stagiaires. Il leur débite d’insanes gauloiseries, fait le coq, veut jouer à colin-maillard ou à cache-cache et esquisse des gestes un peu tendancieux. On comprendra bien que ce n’est pas bon pour l’image, ni pour l’ambiance familiale du lieu…

D’ailleurs il ferait bien de se méfier. Certains soirs on l’a vu, devant un parterre choisi de japonais qui opinaient du chef (toujours somnolant sur son bouclier celui-là, mais ça c’est une autre histoire…) frapper ses petits pectoraux, sauter sur place et dire « l’identité nationale c’est moi ! » Autant vous dire que si ça remonte jusqu’à la direction le syndicat ne pourra pas faire grand-chose pour lui… Faudra pas qu’il vienne se plaindre s’il se retrouve à nettoyer la cage aux marcassins…

 

Quant au monsieur, derrière, qui traîne sa mollesse et sa mélancolie, en fait, c’est une femme. C’est même la sienne. Elle s’appelle Maryline. Dans les vestiaires, avant la représentation, elle se colle une moustache et des gros sourcils roux pour faire illusion. Ça donne le change. En tout cas les petits enfants n’y voient que du feu. Avec des sangles dissimulées dans ses braies et sous ses seins (le talc n’est pas fourni) on lui attache un menhir en polystyrène peint dans le dos et le tour est joué. Pour les grandes parades elle doit chausser un faux pif. Elle n’y tient pas, à cause de son eczéma des narines.

Elle est gentille Maryline. Elle rattrape le coup avec les stagiaires, assure les remplacements quand il y a des défections ou des trous dans les plannings et donne même un coup de main aux romains pour enfiler les costumes.

 

Il n’y a pas longtemps qu’on sait qu’ils sont collés, eux deux. Ils avaient gardé la chose secrète et même fait bien des mystères pour la reconnaitre. Malins comme on est, on a vite compris qu’ils avaient des choses à cacher… On a ouvert notre boîte à fantasmes et on s’est mis à gloser à l’infini en salle de pause, moi le premier, pour les imaginer à l’horizontale… Certains se demandaient s’ils avaient une vie sexuelle normale ou si de drôles de perversions les unissaient… S’ils faisaient participer le chien (parce qu’ils en ont acheté un qu’ils ont appelé Fixette…) ou s’ils se torchonnaient gravement avant de grimper au septième ciel… On bavait nos cochonneries à deux balles en se tenant les côtes, fiers de nous exciter sur les improbables turpitudes de notre bouc à mystères…

 

Mais moi qui ai tant ri, je n’ai jamais su dire à mes collègues que je les avais vu main dans la main, par hasard, un week-end de printemps, au bord de l’Allier… Que je les avais suivis longtemps pour voler leurs rires… Que j’avais vu cette moitié d’homme se détacher souplement de sa grosse Maryline pour arracher d’un talus échevelé une petite fleur bleue (ouais, ouais, rigolez…) et la lui offrir. 

Comment raconter que ma gorge s’était serrée quand je l’avais vue se pencher sur lui pour l’embrasser doucement, amoureusement? Que j’avais souffert de leur complicité et ravalé d’un coup toute ma suffisance…Que la honte me rendait tremblant jusqu’à manquer de défaillir.

Et puisqu’il fallait forcément que je la boive toute entière ma honte, cet Alex, sans doute saisi d’une intuition, s’est retourné lentement vers moi. Son regard bienheureux et apaisé a rencontré le mien. J’ai balbutié un bonjour métallique, incongru, qui ne m’appartenait pas, auquel il a répondu avec un sourire confiant qui a achevé de me clouer sur place.

 

Le bonheur qu’on surprend est toujours indécent. Il résiste à l’envahisseur. L’invincible petit gaulois de carnaval avait beau jeu de me plonger son glaive en plein cœur…









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