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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 00:45



















Lui c’est Alex. C’est un teigneux qui s’y croit parce qu’à l’issue d’un casting on l’a embauché sous le titre de « première doublure ». Pour sûr, ça l’a grandi d’un coup ! Mais il est devenu tyrannique. Même à dessiner il fait des histoires, c’est dire… Il n’est pas de ceux qu’on redresse d’un coup de gomme !

Monsieur fait sa star. Pas question qu’il passe lui-même son casque au Miror ! Par contre il ne se fait pas prier pour aller remplir sa gourde de potion magique. On ne sait ce que c’est, son furieux rince-cochon. La formule, comme il se doit, est restée secrète, mais ça lui fout les bulots en mydriase dès la deuxième gorgée… L’embêtant quand il a bu, surtout l’été quand il fait chaud, c’est qu’il fait un peu n’importe quoi. Il est vite pénible avec les petites stagiaires. Il leur débite d’insanes gauloiseries, fait le coq, veut jouer à colin-maillard ou à cache-cache et esquisse des gestes un peu tendancieux. On comprendra bien que ce n’est pas bon pour l’image, ni pour l’ambiance familiale du lieu…

D’ailleurs il ferait bien de se méfier. Certains soirs on l’a vu, devant un parterre choisi de japonais qui opinaient du chef (toujours somnolant sur son bouclier celui-là, mais ça c’est une autre histoire…) frapper ses petits pectoraux, sauter sur place et dire « l’identité nationale c’est moi ! » Autant vous dire que si ça remonte jusqu’à la direction le syndicat ne pourra pas faire grand-chose pour lui… Faudra pas qu’il vienne se plaindre s’il se retrouve à nettoyer la cage aux marcassins…

 

Quant au monsieur, derrière, qui traîne sa mollesse et sa mélancolie, en fait, c’est une femme. C’est même la sienne. Elle s’appelle Maryline. Dans les vestiaires, avant la représentation, elle se colle une moustache et des gros sourcils roux pour faire illusion. Ça donne le change. En tout cas les petits enfants n’y voient que du feu. Avec des sangles dissimulées dans ses braies et sous ses seins (le talc n’est pas fourni) on lui attache un menhir en polystyrène peint dans le dos et le tour est joué. Pour les grandes parades elle doit chausser un faux pif. Elle n’y tient pas, à cause de son eczéma des narines.

Elle est gentille Maryline. Elle rattrape le coup avec les stagiaires, assure les remplacements quand il y a des défections ou des trous dans les plannings et donne même un coup de main aux romains pour enfiler les costumes.

 

Il n’y a pas longtemps qu’on sait qu’ils sont collés, eux deux. Ils avaient gardé la chose secrète et même fait bien des mystères pour la reconnaitre. Malins comme on est, on a vite compris qu’ils avaient des choses à cacher… On a ouvert notre boîte à fantasmes et on s’est mis à gloser à l’infini en salle de pause, moi le premier, pour les imaginer à l’horizontale… Certains se demandaient s’ils avaient une vie sexuelle normale ou si de drôles de perversions les unissaient… S’ils faisaient participer le chien (parce qu’ils en ont acheté un qu’ils ont appelé Fixette…) ou s’ils se torchonnaient gravement avant de grimper au septième ciel… On bavait nos cochonneries à deux balles en se tenant les côtes, fiers de nous exciter sur les improbables turpitudes de notre bouc à mystères…

 

Mais moi qui ai tant ri, je n’ai jamais su dire à mes collègues que je les avais vu main dans la main, par hasard, un week-end de printemps, au bord de l’Allier… Que je les avais suivis longtemps pour voler leurs rires… Que j’avais vu cette moitié d’homme se détacher souplement de sa grosse Maryline pour arracher d’un talus échevelé une petite fleur bleue (ouais, ouais, rigolez…) et la lui offrir. 

Comment raconter que ma gorge s’était serrée quand je l’avais vue se pencher sur lui pour l’embrasser doucement, amoureusement? Que j’avais souffert de leur complicité et ravalé d’un coup toute ma suffisance…Que la honte me rendait tremblant jusqu’à manquer de défaillir.

Et puisqu’il fallait forcément que je la boive toute entière ma honte, cet Alex, sans doute saisi d’une intuition, s’est retourné lentement vers moi. Son regard bienheureux et apaisé a rencontré le mien. J’ai balbutié un bonjour métallique, incongru, qui ne m’appartenait pas, auquel il a répondu avec un sourire confiant qui a achevé de me clouer sur place.

 

Le bonheur qu’on surprend est toujours indécent. Il résiste à l’envahisseur. L’invincible petit gaulois de carnaval avait beau jeu de me plonger son glaive en plein cœur…









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Published by Soluto - dans Textes divers...
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commentaires

Hub 14/05/2010 23:17



tu l'as pas volé le coup de glaive....



Nadège 10/05/2010 11:21



Soluto, vous avez beaucoup de chance car Flora est une personne que j'affectionne.


François ! moi susceptible ? non mais qu'est-ce que j'entends là !!! ;)



Soluto 06/05/2010 12:37



> Bonjour Pouchka... Ravi que vous soyez passée... Et merci de votre commentaire. Il est d'un grand réconfort d'être vu et d'être lu dans le
détail... Toute cette attention me touche...



Pouchka 06/05/2010 09:51



"Le bonheur qu'on surprend est toujours indecent" et bien oui ... le bonheur nous ne le voyons pas toujours à notre porte mais îl nous est plus facile de l'entrevoir ou le voir à la porte des
autres ... et c'est en cela qu'il nous parait indecent ...


C'est beau ... très beau ... entre le dessin et le texte ...



Soluto 05/05/2010 22:07



>Désolé Nadège, c'est une sorte de lapsus... Et j'ai beau réfléchir je ne vois pas ce qu'il peut vouloir dire... Que j'ai voulu remercier
doublement Flora qui a la patience de poster de nouveaux commentaires quoique je ne réponde pas toujours aux précédents? ça n'explique rien... Mais rassurez-vous, j'ai aimé votre
enthousiasme et vous l'ai bien attribué... Ce ne sont que mes doigts et une connexion maheureuse de neurones épuisés qui sont la cause de ce petit incident... Au plaisir de vous lire...


>Et vous François, qui connaissez le chemin de mon mail, que ne me l'avez-vous signifié de façon discrète... Vous a-t-il plu au moins de
souligner mon erreur? Heureux malgré tout de vous croiser sur mes pages... à bientôt...