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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 13:48







 

 

 




Soluto Rustin est mort croquis portrait ecriture peinture dessin

 

 

 

 

 

 

Crayon et mise en couleur numérique

 

 

...

 

 

Jean Rustin est mort.

J’ai découvert sa peinture par le biais d’un petit catalogue, à l’Armitière, librairie Rouennaise, que je fréquentais beaucoup au début des années quatre- vingt. Stupeur… Ce fut une gifle. Toutes ces images honteuses m’assaillaient, venaient me troubler, me fouiller, me déranger. J’étais seul avec elles, sans mot. Elles s’engouffraient en moi, me pénétraient par effraction.

Je n’ai pas pu acheter l’ouvrage. A cette époque, de toute façon, j’achetais peu de livres. Et comme je vivais encore plus ou moins chez mes parents j’étais prudent sur ce que je ramenais. Rustin tombant sous l’œil de mes vieux, pourtant si gentils et si tolérants, c’était l’assurance de leur confirmer ce qu’ils pressentaient trop bien ; la bizarrerie du fiston, ses préoccupations étranges, ses monomanies soupçonnées.

Rustin ! J’imaginais que ça se prononçait Reustine, à l’américaine. Impossible d’imaginer que ce peintre soit français. Difficile à l’époque de se renseigner sur cet artiste. L’internet n’existait pas, aucun livre n’était publié sur son œuvre. Je trouvais malgré tout quelques amateurs avec qui échanger. Je me souviens par exemple en avoir longuement parlé avec le sculpteur Marc Petit qui partageait avec moi cette fascination. Complicité de ceux qui ont été frappé par une révélation ! Mais, à la vérité, personne ne savait rien de solide sur lui. Un énorme pavé, format à l’italienne, est sorti, beaucoup trop cher pour moi.

Il n’y avait pas internet mais il y avait le minitel. 3611 ! J’ai tapé Jean Rustin et je l’ai trouvé à Bagnolet. Il était dans le bottin ! J’ai encore patienté deux ou trois ans avant d’avoir le courage de l’appeler. Je me suis cramponné et m’y suis risqué. Je n’imaginais même pas pouvoir tomber sur lui directement. C’est pourtant ainsi que ça s’est passé. Il était timide, ou méfiant, ou les deux à la fois.

Je lui ai dit toute mon admiration. On a parlé gentiment. Il m’a invité à le prévenir quand je viendrais à Paris afin que nous nous rencontrions dans son atelier. Un autre que moi, moins inhibé, moins impressionné, aurait saisi l’occase sur le champ. J’ai laissé filer. Quelques mois après je l’ai rappelé, de Paris, où je passais quelques jours de vacances. Mais il n’était pas disponible. Je crois qu’il partait. Dans mon souvenir il devait même prendre l’avion et ça l’ennuyait… Passons…

Je ne me suis plus manifesté. Pendant des années, au hasard de mes pérégrinations, j’ai vu beaucoup de ses dessins, de ses toiles. Souvent par petites quantités… Des mains, des visages… Notamment à la galerie Pierre-Marie Vitoux. A chaque fois j’étais saisi, ragaillardi, confiant.

Plus tard j’ai souffert quand j’ai visité la grande rétrospective de la Halle Saint Pierre en 2001. Cette dernière exposition magnifique, qui précipitait mon artiste chéri dans toutes les rétines du vulgaire, a marqué la fin de mon admiration sans borne. Je l’aimais mieux quand il était à moi tout seul. Je ne partage mes enthousiasmes qu’avec ceux que je choisis. Sentiment de dépossession, rancœurs : je lui ai attribué une autre place où l’odeur du souffre s’était évanouie. C’est injuste bien sûr. Je ne suis pas toujours très fier de moi et je me pardonne assez facilement. Revenons plutôt à lui.

Rustin reportait dans chacune de ses toiles toutes celles qui l’avaient précédée. Il n’était pas nécessaire d’en voir trop pour se convaincre de son génie.

Les temps qui viendront seront durs. Je vais devoir supporter des barbouilleurs qui ne tarderont pas à me demander : « Tu connais Rustin ? »… Je leur répondrai du bout des lèvres pour ne pas me gaspiller.

Jean Rustin est mort mais je le porte en moi. Là où il est je ne risque pas de l’enterrer.

 

 


 

 


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Published by Soluto - dans soluto
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commentaires

Nuageneuf 30/12/2013 14:54


 


Oui. Amitiés, cher Soluto.

Soluto 31/12/2013 15:35



> A très bientôt Nuage... Votre blog, par touches délicates, par le choix de vos textes et les souvenirs ravivés, par sa douceur et ses nuances,
s'avère précieux contre l'ignoble connerie qui vient ricaner, le bras tendu, sous notre nez. Amitiés...



Frédéric Schiffter 30/12/2013 12:52


Cher Soluto,


 


On sent que Rustin vous a marqué. Dans votre art, j'entends. Que Rustin ait laissé des traces de son art dans le vôtre sera pour lui une façon de rester. Une belle et émouvante filiation. 


 


À vous,


Schiffter

Soluto 31/12/2013 15:25



> Merci Schiffter de votre pertinence. Accepter les réminiscences, les reconnaître et les porter sans qu’elles ne vous écrasent ou ne vous
dévient, c’est le travail de toute une vie… La fidélité et l’affranchissement chez moi ne s’opposent pas. Belle fin d’année à vous et à bientôt…



lucm.reze 30/12/2013 08:52


Hier, j’ai suivi le lien que vous avez laissé sur le blog de Frédéric Schiffter , j’y ai repensé plusieurs fois depuis.  Je comprends votre besoin de
faire connaitre Jean Rustin  et de vouloir en même temps préserver « l’intimité » que vous partagez avec lui, avec son œuvre. Je ne
m’exprime peut-être pas bien.  Le pire serait qu’une sorte de mode, de snobisme s’installe autour de ce peintre authentique.  

Soluto 30/12/2013 12:03



> Cher Lucm.reze, le snobisme en dira toujours plus sur les snobs que sur une œuvre… Je me fiche de la promotion de Rustin. Il ne touche que ceux
qui peuvent être touchés. Plus qu’un autre il suscite l’évitement. Son travail, s’il le doit, s’imposera malgré tout et contre tous. J’ai juste voulu montrer que mon rapport à ce peintre était
dynamique, jamais vraiment apaisé, qu’il m’accompagnait, comme tant d’autres artistes, secrètement. Qu’il m’avait rendu la vie plus belle et plus libre en abattant quelques murs de ma prison
intérieure, quelques préjugés si vous préférez. Ce qui n’est qu’apparemment paradoxal si l’on considère que son œuvre traite de façon manifeste de l’enfermement et de façon  latente de notre
condition. Ajoutons que pour lui la peinture est une affaire sérieuse et non un moyen de construire des images. Ceux-là  sont les seuls peintres que j’aime et qui valent. Bien à vous et
merci de votre passage…



nathalie 29/12/2013 18:14


Merci pour ce très beau texte touchant et généreux. Et ce superbe dessin. J'aime tout simplement.

Soluto 30/12/2013 11:42



> Merci de votre passage Nathalie... Belle fin d'année à vous...